Une thèse doctorale sur le cabotage : challenge réussi d’une jeune guyanaise

Formation Date: 13/04/2021 Commentaires: 0

Interview : 

A 31 ans, Sherline Dumano fait partie des jeunes esprits brillants de la Guyane, qui malgré une formation supérieure dans l’Hexagone, gardent leur territoire d’origine en ligne de mire.

Sherline

Récemment qualifiée Maître de conférences en Sciences de Gestion et du Management, le parcours de cette jeune femme force le respect.

Après un Baccalauréat série ES obtenu en 2010 au lycée Léon Gontran Damas à Rémire-Montjoly, elle valide un DUT Techniques de commercialisation à l’IUT de Kourou avant de poursuivre en licence Administration Économique et Sociale à l’Université de la Guyane et de quitter le territoire dans le but d’obtenir son Master en management logistique et stratégie à Aix-Marseille Université en 2016. 

Elle finalise ce parcours d’exception en obtenant, le 9 décembre 2020, un Doctorat en sciences de Gestion à Aix-Marseille Université- au sein du laboratoire le CRET-LOG. Ayant porté le choix de sa thèse sur le Short Sea Shipping adapté au Plateau amazonien, Sherline revient sur son projet, en partie soutenu par le GPM Guyane :

Quel est le thème de votre thèse ?

Le Short Sea Shipping du Plateau des Guyanes à la mer des Caraïbes : les conditions de mise en œuvre par l’amorce d’une Supply Chain.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour la rédiger ?

Ce sujet impliquant du terrain et beaucoup de recherche a nécessité au total 4 ans de travail.

Quelles ont été les principales difficultés rencontrées ?

L’une des principales difficultés réside dans la complexité de l’objet de recherche, notamment pour appréhender les champs théoriques nécessaires et la contextualisation du Short Sea Shipping du Plateau des Guyanes à la Mer des Caraïbes jusque-là inexploré.

Quels ont été les appuis sur lesquels vous avez pu compter ?

La thèse est une aventure qui nécessite de nombreux appuis et soutiens. Tout d’abord j’ai pu compter sur mes Directeurs de recherche, le Professeur des Universités, Monsieur Claude FIORE, et Monsieur Rémy Louis BUDOC, Docteur en Sciences de Gestion, membre du Directoire du Grand Port Maritime de la Guyane, Directeur de la Prospective et du Développement, qui enseigne aussi à l’Université de la Guyane. Je profite pour leur renouveler mes remerciements pour leur confiance, disponibilité pour répondre à mes questions et leurs précieux conseils tout au long de mon parcours doctoral.

Ensuite, le Grand Port Maritime de la Guyane a grandement contribué au financement de la thèse. Sans oublier la CTG qui m’a accordé́ une bourse au démarrage de mes travaux. Je remercie respectivement Monsieur Philippe LEMOINE, Directeur général du GPM-Guyane et Monsieur Rodolphe ALEXANDRE, Président de la CTG.

Aix-Marseille Université m’a permis de compléter le financement en m’octroyant des contrats étudiants.

Enfin, il y a ma famille originaire d’Haïti, toujours à mes côtés pour me soutenir dans mes choix. Leur amour me donne des ailes. Savoir que je peux compter sur ma maman chérie qui vit en Guyane, mes frères et sœurs, mon époux et sa famille, mes amis et leurs proches, c’est la clé de ma réussite.

Qu’est-ce qu’un Short Sea Shipping et qu’est-ce qu’une déclinaison « Guyanaise » de ce moyen impliquerait ?

Le Short Sea Shipping (SSS), est une expression anglaise, traduite en français par Transport Maritime à Courte Distance (TMCD). Les professionnels du secteur l’appellent couramment « cabotage ». Nous utilisons l’expression Short Sea Shipping ou sa réduction graphique par souci de confort. Nous considérons le short Sea Shipping comme : « le trafic de port en port au niveau régional, intra-communautaire et extra-communautaire, d’une région vers un pays tiers voisin » Dumano, Budoc et Fiore (2018).

La mise en place d’un SSS permettrait de désenclaver le territoire Guyanais, en desservant mieux les communes de l’intérieur et en fluidifiant des échanges avec certains voisins du Plateau des Guyanes et de la Caraïbe. En ce sens, le SSS visé sera au niveau local (Dégrad des Cannes-Kourou-Saint-Laurent du Maroni), intra-communautaire avec les ports européens de la zone (Guadeloupe-Martinique), extra-communautaire ou international (Brésil-Surinam- Guyana). Cette ligne n’a pas vocation à être en concurrence avec les rotations maritimes existantes mais viendrait les compléter par des frets retour directement intrarégionaux, ce qui n’existe pas aujourd’hui (transport de petits colis).

Quel intérêt pour le territoire ?

L’intérêt principal pour le territoire c’est d’assurer sa compétitivité. En effet, dans ce contexte de compétitivité mondiale, nous pensons que ce projet « SSS » porté par le GPM-Guyane en collaboration avec les territoires voisins, peut contribuer au rayonnement de la France et de l’Europe, en accédant à un marché en plein essor en Amérique du Sud et dans la Caraïbe. Car, la Guyane au-delà de sa position géostratégique, favorisant la prospérité de la base spatiale européenne de Kourou, possède d’autres atouts à valoriser, notamment en misant sur les hubs de la zone, pour être le relais de l’Europe sur le périmètre d’étude. Pour la Guyane à proprement parler, la population aura accès à des produits beaucoup plus frais car avec le PCF (Poste de Contrôle Frontalier), les contrôles sanitaires se feront sur place et non plus en métropole, etc. Donc une meilleure gestion du « dernier kilomètre » et un approvisionnement en produits de meilleure qualité́, des emplois créés etc.

Quels sont vos projets professionnels à court, moyen et long termes ?

Je viens d’être qualifiée Maitre de Conférences, c’était mon objectif à court terme. À moyen terme, j’aimerais avoir un poste de Maître de Conférences en Sciences de Gestion et du Management dans une Université en France métropolitaine ou dans les Outre-mer comme en Guyane par exemple. Mon projet à long terme, sera de devenir professeure des Universités et contribuer au rayonnement de l’Université qui me recrutera notamment par mes publications scientifiques.

Interview réalisée par C. Phillips. 

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